Qu’est-ce que le « Cargo Cult » ? Quel est son lien avec l’agilité ? Découvrons ensemble ce concept que j’utilise beaucoup lorsque j’explique ce que l’agilité n’est pas.

Est-ce que vous avez déjà entendu la phrase “on est très agile, on utilise des post-its” ? Moi, jamais de la bouche d’un client. Je l’ai souvent entendu de la part de coach comme “exemple cocasse” mais jamais vraiment d’un client.

Nooon, quand c’est le (futur-)client qui parle, c’est souvent bien plus subtile que ça. Voyons-ça …

Le Cargo Cult

Je l’ai évoqué pendant mon talk Friday Labs chez TalanLabs “Être agile, plutôt que faire de l’agile” (lien en fin d’article), le Cargo Cult est le fait de mimer un comportement, sans en comprendre la finalité ni la mise en oeuvre.

Le cargo Cult est un concept ayant été observé notamment pendant la seconde guerre mondiale (mais bien avant aussi) et qui représente le culte voué par certaines tribus des îles du Pacifiques.

Les natifs de ces îles voyaient pour la première fois une technologie qui leur était inconnue.

Ayant évolué sur un chemin différent du nôtre pendant des centaines d’années, notre technologie d’alors se trouvait hors de portée de leur compréhension. Tout comme le serait pour nous une technologie du siècle prochain, nos machines étaient, à leurs yeux, de la magie.

Si l’accélération exponentielle du gap technologique entre les époques vous intéresse, je vous invite sérieusement à lire “The AI Revolution: The Road to Superintelligence” qui va vous retourner le cerveau –vous trouverez le lien en fin d’article.

Sans doute impressionnés par les appareils volant jusqu’à eux avec de la nourriture pour des mois, les habitants des îles ont pris pour habitude de recréer ce qu’ils voyaient. Parfois avec une dextérité impressionnante.

Feynman’s islanders.

Le problème, c’est qu’un avion en paille, tout ressemblant qu’il soit à un vrai avion, ça ne vole pas. Surtout sans moteur et sans carburant.

Les indigènes ne faisaient que reproduire superficiellement ce qu’ils voyaient, sans chercher à comprendre comment et pourquoi l’avion était fait comme il est fait.

Dans le monde agile, ça ressemble à quoi ?

Comment cela se présente chez nous ?

Vous avez peut-être souri en lisant l’article jusqu’ici. Souri presque maternellement/paternellement devant cette idée presque “cro meugnonne” de ces gens privés de notre technologie.

Je vous conseille de ranger cette condescendance.

Sommes-nous plus intelligent ? Non. Savons-nous plus de choses ? Nous savons des choses différentes, et pourtant …

Je parie que vous seriez tout aussi perdu et candide devant certaines pratiques de certaines tribus. À ne pas croire ce que vous voyez, ou à croire à de la magie, pour des événements qui sont parfaitement identifiés et compris par ceux qui les pratiquent.

Et c’est souvent ce qui se passe dans l’open-Space le plus proche de chez vous. Voire même dans votre bureau, sur votre chaise, là, maintenant.

Vous voyez vos concurrents devenir “agiles”. Vous les voyez heureux et performants et vous aussi vous voulez “faire de l’agile” du coup. Y’a pas de raison !

Alors vous les observez.

Ils utilisent des post-it. Vous achetez des post-it.

Ils font du Scrum. Alors vous mettez en place les réunions, avec un chronomètre pour être sûr de respecter le temps de celle-ci, parce que c’est le plus important.

Et si vous êtes le chef d’entreprise ou de département, comme ils ont un coach agile. Vous embauchez un coach agile bien cher. D’une très grosse boîte et surtout, qui l’a déjà fait ailleurs, comme ça vous êtes sûr que ça va fonctionner (vous trouverez mon avis là-dessus en fin d’article).

Ils ont des Scrum Master. Vous payez à vos chefs de projets des certifications Scrum Master.

Vous n’avez pas un gros budget pour ça, alors votre chef-de-projets-Scrum-Master dirigera deux ou trois équipes pour économiser.

Ils font des rétrospectives. Vous faites en sorte que vos équipes fassent des rétrospectives.

Bref, vous faites tout comme ce que vous voyez. Et vous vous sentez aussi bien que sur une île du Pacifique, au soleil, à mettre la dernière touche à votre avion en paille, attendant que la magie se passe.

Ça vous dit quelque chose ?

La clé c’est pourquoi

Mais alors que faire ? Embaucher un coach agile encore plus cher ? Si vous êtes coach, vous faut-il une autre certification ?

Je vais vous dire un secret (attention ça peut choquer) : C’est en vous.

Ca paraît un peu bête de dire ça, mais il suffit toujours de commencer par : “pourquoi ?”

Avec les autres : Demandez pourquoi ils agissent dans ce sens. Une façon pratique est l’Intention Check : “Quelle est ton intention lorsque … ?”

De même, appliquez cela à vous-même. Vous voyez des post-it chez le concurrent, ou un baby-foot ? Demandez-vous quelle est son intention lorsqu’il a installé ce baby-foot ?

Est-ce qu’on a réussi ? Test Driven Improvement !

Tout comme je le préconise aux équipes pour les fonctionnalités d’un produit, il faut mesurer, pour connaître un succès.

Une fois que vous avez identifié le problème que vous souhaitez résoudre par l’ajout d’une pratique ou d’un cadre, et si possible avant de mettre une solution en place, préparer des tests.

Oui, comme les développeurs !

Quel test vous permet de vérifier que aujourd’hui, quelque chose ne va pas ? Cela peut être un questionnaire, ou l’observation d’une pratique.

Quand vous êtes sûr que votre test échoue, appliquez votre “correctif” puis, relancer le test (il faut parfois attendre un peu dans notre cas).

Si le test échoue toujours, c’est que votre correctif ne fonctionne pas. Essayez autre chose, jusqu’à ce que vos tests passent. Ensuite, vous pouvez passer au prochain problème.

😍 N’hésitez pas à partager cet article un peu partout s’il vous a plu pour lui donner de la visibilité, ou à utiliser les commentaires si vous n’êtes pas d’accord avec mon approche.

Je vous propose quelques liens pour approfondir le sujet du Cargo Cult :

Et vous … ?

Avez-vous des exemples flagrants de Cargo Cult dans votre entreprise ? Quel est votre plan pour y remédier ?

Photo de une par Rémi Müller sur Unsplash

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